Aller au contenu
Carnet des artisans

Guide

Fuite d’eau : qui paie quoi ?


Une fuite d’eau pose trois questions que l’on confond presque toujours : qui paie le plombier qui répare, qui indemnise les dégâts, et qui absorbe la facture d’eau qui s’est envolée. Trois questions, trois réponses, trois textes différents.

Canalisations de cuivre et vannes de laiton le long d’un lambris vert d’encre, une goutte d’eau tombant sur un sol de tomettes

1. La réparation elle-même : locataire, propriétaire ou copropriété

Premier point, le plus mal connu : la réparation de la cause de la fuite n’est en principe pas remboursée par l’assurance habitation. Réparer un joint, un flexible ou une canalisation relève de l’entretien du logement, pas de la garantie dégât des eaux — celle-ci couvre les dommages causés par l’eau, pas l’origine. La facture du plombier revient donc à celui qui a la charge de l’élément défaillant :

La fuite vient de… La réparation revient à… Fondement
Joint, flexible, robinet, chasse d’eau l’occupant (le locataire s’il y en a un) entretien courant — réparations locatives
Canalisation vétuste, encastrée, gelée par défaut d’isolation le propriétaire dépasse l’entretien courant
Chauffe-eau ou équipement à remplacer le propriétaire remplacement pour usure, hors charges locatives
Colonne montante, canalisation commune la copropriété, via le syndic parties communes, sauf règlement contraire

La liste des réparations à la charge du locataire est fixée par le décret n° 87-712 du 26 août 1987 : l’entretien courant des équipements y figure, leur remplacement pour vétusté n’y figure pas. En cas de désaccord, c’est la cause exacte de la fuite — usage ou usure — qui tranche.

2. Les dégâts : un seul assureur à appeler, le vôtre

Pour les dommages — murs, sols, meubles, plafond du voisin —, c’est l’assurance qui prend le relais. Depuis 2018, la convention IRSI, signée par la quasi-totalité des assureurs, désigne un assureur gestionnaire unique pour les sinistres courants en immeuble (dommages inférieurs à 5 000 € HT) : celui de l’occupant du logement sinistré. Concrètement : même si la fuite vient de chez le voisin du dessus, c’est votre assureur que vous appelez, et c’est lui qui pilote le dossier.

Jusqu’à 1 600 € HT de dommages, il vous indemnise directement, sans attendre de recours contre qui que ce soit. Entre 1 600 et 5 000 € HT, il organise l’expertise pour le compte de tous ; les recours se règlent ensuite entre assureurs, sans vous. La recherche de fuite est encadrée par la même convention depuis sa révision de 2020 : en principe, c’est l’assureur gestionnaire qui l’organise et la prend en charge, y compris — en principe toujours — la remise en état quand il a fallu ouvrir un mur ou un sol pour localiser. Les entreprises spécialisées savent d’ailleurs chercher sans casser : gaz traceur, caméra thermique, écoute électro-acoustique. D’où la règle d’or : déclarer d’abord, engager les frais ensuite, sauf urgence à couper l’eau.

La plupart des contrats demandent une déclaration sous cinq jours ouvrés. Le constat amiable « dégât des eaux », rempli avec le voisin ou le syndic, accélère tout le reste. Référence : convention IRSI (assureurs, en vigueur depuis 2018, révisée en 2020) — au-delà de 5 000 € HT, on retombe dans l’expertise classique.

3. Le constat amiable « dégât des eaux », concrètement

C’est le document qui fait gagner du temps à tout le monde, et il est très mal connu. Contrairement au constat automobile, il n’existe pas de formulaire officiel de l’État : le modèle « constat amiable dégât des eaux » est un imprimé commun aux assureurs — le vôtre vous le fournit, en agence, dans l’espace client en ligne, souvent en PDF remplissable. Inutile de le chercher sur des sites tiers.

On le remplit à deux quand le sinistre implique un voisin ou la copropriété : identités et assureurs de chaque partie, localisation du sinistre, cause si elle est connue, nature des dommages. Chacun garde un exemplaire et l’envoie à son assureur dans le délai de déclaration — cinq jours ouvrés dans la plupart des contrats. Deux précisions qui lèvent les blocages courants : le constat n’est pas une reconnaissance de responsabilité — la cause sera établie ensuite, c’est l’affaire des assureurs — et il n’est pas obligatoire : si le voisin est absent ou refuse de le signer, déclarez seul, en le mentionnant ; le syndic peut compléter pour les parties communes.

4. L’eau vient du plafond : infiltrations et fuites du voisin

Cas particulier le plus fréquent en immeuble : la tache au plafond. Si l’eau vient du logement du dessus, la marche à suivre ne change pas — prévenir le voisin et le syndic, remplir un constat amiable ensemble, déclarer à votre assureur, qui gère le sinistre au titre de la convention IRSI. La réparation de la fuite elle-même reste à la charge du voisin ou de son bailleur, selon la cause ; vos dommages, eux, sont couverts sans attendre que cette question soit tranchée.

Si l’eau s’infiltre par la toiture, une façade ou un balcon, on change de terrain : l’entretien du bâti revient au propriétaire — et en copropriété, aux parties communes, donc au syndic. Côté assurance, la garantie dégât des eaux couvre généralement les infiltrations qui résultent d’un événement soudain et accidentel, une tempête par exemple ; un défaut d’entretien durable — toiture jamais révisée, joints de façade morts — est en revanche une cause d’exclusion classique. Vérifier son contrat avant de s’engager sur des travaux. Locataire dont le logement est abîmé sans y être pour rien : la démarche ne change pas — votre assureur reste votre interlocuteur et vous indemnise, le recours contre le responsable est l’affaire des compagnies, pas la vôtre.

Détail des garanties types sur la fiche « Assurance dégâts des eaux » de service-public.gouv.fr.

5. La facture d’eau : avant le compteur, après le compteur, loi Warsmann

Premier réflexe : situer la fuite par rapport au compteur. En amont, le réseau appartient au service des eaux — la réparation lui revient, jusqu’au joint du compteur, et l’eau perdue n’a par définition pas été comptée. En aval, tout est privatif : la réparation vous revient, et l’eau envolée est sur votre facture. Pour confirmer une fuite invisible quand la facture grimpe sans le moindre dégât apparent : fermez tous les robinets et appareils un soir, relevez le compteur, relisez-le au matin sans avoir tiré d’eau — s’il a tourné, l’eau file quelque part, le plus souvent une chasse d’eau usée ou une canalisation enterrée.

Une fuite silencieuse peut doubler ou tripler la consommation avant d’être découverte. Pour un local d’habitation, la loi du 17 mai 2011 dite « Warsmann » permet de demander le plafonnement de la facture au double de la consommation moyenne des trois dernières années — aux conditions près :

la fuite doit se situer sur une canalisation d’eau potable après le compteur. Le décret d’application exclut expressément les fuites dues aux appareils ménagers et aux équipements sanitaires ou de chauffage : une chasse d’eau qui coule, un chauffe-eau percé, un lave-linge ou un adoucisseur défaillant n’ouvrent pas droit au plafonnement — et les canalisations extérieures d’arrosage ou de piscine sont généralement refusées aussi, le texte visant l’habitation. Depuis juillet 2013, le service des eaux a l’obligation de vous alerter dès qu’il constate une consommation anormale — supérieure au double de votre moyenne ; s’il ne l’a pas fait, vous n’êtes pas tenu de payer l’excédent au-delà du plafond. Une fois informé, vous disposez d’un mois pour faire réparer et produire l’attestation du plombier, indiquant la localisation de la fuite et la date de la réparation.

Exemple de calcul.

Consommation moyenne des trois dernières années : 120 m³ par an. Relevé de l’année de la fuite : 460 m³. Plafond facturable : 2 × 120 = 240 m³ — les 220 m³ restants sont dégrevés sur demande, attestation de réparation à l’appui. La part assainissement, elle, doit être calculée sur la consommation habituelle : l’eau perdue dans le sol n’a pas rejoint l’égout.

Références : loi n° 2011-525 du 17 mai 2011, article 2, et son décret d’application n° 2012-1078 du 24 septembre 2012. La démarche et le modèle de lettre sont sur service-public.gouv.fr ; en cas de doute sur le relevé, la vérification du compteur peut être demandée au service des eaux. En location, c’est le titulaire de l’abonnement d’eau — souvent le locataire — qui fait la démarche ; la question de savoir qui supporte la part restante suit la même logique que la réparation : entretien courant ou vétusté.

Les trois réflexes, dans l’ordre :

1. Couper l’eau, photographier, identifier d’où vient la fuite — la cause décide de qui paie la réparation.
2. Déclarer à son assureur sous cinq jours ouvrés, constat amiable à l’appui, avant d’engager une recherche de fuite.
3. Si la consommation s’est envolée : attestation de réparation au service des eaux dans le mois.

Pour la réparation, mieux vaut une entreprise vérifiable — plombiers à Nice — et cinq minutes de contrôle avant d’appeler : notre guide de vérification.

Sources