Arnaque ou litige avec un artisan : que faire, quels recours
Un serrurier qui facture trois fois le prix annoncé, un plombier qui remplace ce qu’on
ne lui demandait pas, un artisan qui encaisse l’acompte et ne revient plus, un chantier
livré avec des défauts : deux situations différentes, mais les mêmes recours, dans le
même ordre. Ce guide les donne texte par texte, avec ce que chaque article permet
vraiment, ce qu’il ne permet pas, et deux lettres types à
télécharger.
1. Reconnaître une arnaque au dépannage
Une arnaque au dépannage se reconnaît à son déroulé plus qu’à son prix :
un prix d’appel sur un prospectus d’allure officielle ou une annonce sponsorisée, une
porte claquée ouverte en détruisant le cylindre, une serrure « de sécurité » vendue dans
la foulée, un devis qu’on fait signer après les travaux, en même temps que la facture.
La serrurerie est le premier métier du dépannage à domicile en nombre de plaintes :
923 en 2019, devant la plomberie, selon la répression des fraudes
(DGCCRF). Lors de ses contrôles de 2023, 64 % des professionnels du
dépannage contrôlés ne respectaient pas la réglementation, la première
anomalie portant sur l’information sur les prix. Les schémas décrits par la DGCCRF,
l’Institut national de la consommation (INC) et Que Choisir reviennent d’une enquête à
l’autre :
Le prospectus « officiel ». Autocollant ou magnet aux couleurs de la
mairie, avec une Marianne et des numéros présentés comme officiels : utiliser les signes d’un service public dans ces
publicités exige l’autorisation du service concerné (code de la propriété
intellectuelle, art. L731-2).
La fausse implantation. Adresse de domiciliation, fausse ancienneté,
numéro SIRET d’une autre société ou d’un établissement fermé (DGCCRF, 2023). Derrière
plusieurs noms, « il s’agit souvent d’un même prestataire » (INC).
L’annonce sponsorisée. Une myriade de sites sans mentions légales, en
tête des résultats de recherche : la DGCCRF conseille de s’en méfier.
Le cylindre détruit. Une porte claquée s’ouvre en général sans casse ;
changer la serrure sans votre accord pour une simple ouverture, ce sont des
prestations « non nécessaires et non sollicitées » (INC).
La vente « de sécurité ». Serrure multipoints ou cylindre haute
sécurité proposés une fois la porte ouverte : la Cour de cassation y voit du
démarchage, avec ses règles de paiement et de rétractation (voir
§ 2).
Le paiement arraché. Paiement exigé sur-le-champ hors urgence, montant
réparti sur plusieurs chèques, terminal de paiement qui débite deux fois la somme
prévue (DGCCRF, 2019 et 2021 ; INC).
Les faux labels. « Agréé assurances », « réparateur agréé » d’une
marque : des mentions « souvent fantaisistes » (INC), relevées parmi les mises en
avant abusives (DGCCRF, 2023). Refusez aussi la « tentative d’effraction » inscrite
sur la facture pour faire payer l’assureur : c’est l’assuré qui répond de la fraude.
Le faux plombier qui entre « vérifier une fuite » pour voler n’est pas
un litige de consommation : c’est une affaire pénale, pour vol ou pour escroquerie par
usage d’une fausse qualité (code pénal, art. 313-1), qui se règle par une plainte
immédiate. Et le prix, seul, ne prouve rien : pour savoir à partir de combien une
ouverture de porte sort de l’ordinaire, voir les
prix affichés par 46 serruriers ; pour écarter ces entreprises avant d’appeler,
vérifier un artisan en cinq minutes.
2. Sur place : ce qu’on peut refuser, ce qu’on doit payer
L’intervention urgente que vous avez expressément demandée se paie sur place,
mais seulement dans la limite des travaux strictement nécessaires. Tout ce
qu’on vous vend en plus ne peut pas être encaissé avant sept jours et peut être annulé
pendant quatorze.
À domicile, le contrat est conclu « hors établissement » : quatorze jours pour se
rétracter, et aucun paiement avant sept jours (code de la consommation, art. L221-10).
L’exception vise le dépannage : les travaux urgents « expressément sollicités » par
vous, « dans la limite des pièces de rechange et travaux strictement nécessaires pour
répondre à l’urgence », échappent à la rétractation et se paient tout de suite
(art. L221-28, 8°, et L221-10, 4°). L’urgence, pour la DGCCRF, est une situation qui nécessite de faire
cesser un danger pour la sécurité des personnes ou l’intégrité des locaux ; le
professionnel doit vous dire que vous n’avez pas de droit de rétractation.
Situation
Rétractation de 14 jours
Paiement le jour même
Ouverture de porte ou réparation de fuite demandée en urgence
non
autorisé
Cylindre remplacé parce que l’ouverture l’a rendu inutilisable
non, s’il était strictement nécessaire
autorisé, dans la même limite
Serrure multipoints, cylindre haute sécurité, chauffe-eau neuf proposés « tant qu’on y est »
oui
interdit pendant 7 jours
Travaux non urgents décidés chez vous
oui
interdit pendant 7 jours
Ce que vous pouvez exiger. Les prix avant l’intervention, puis un
devis détaillé avant l’exécution, quel que soit le montant (arrêté du 24 janvier 2017) ;
une facture, dès 25 € TTC, remise avant le paiement (arrêté du 3 octobre
1983) : c’est à ce moment qu’on la compare au devis.
Ce que vous pouvez refuser. Les travaux que vous n’avez pas commandés :
en exiger le paiement est interdit (art. L121-12) ; le professionnel doit obtenir votre
accord pour tout travail supplémentaire, « même en cas de nécessité ou d’urgence »
(INC). Refusez aussi de signer un devis après coup, de répartir le montant sur
plusieurs chèques, que « le professionnel pourrait tous encaisser en même temps »
(INC), et ne remettez jamais de chèque antidaté. Au-delà de 1 000 €, un particulier
domicilié en France ne peut pas payer en espèces (code monétaire et financier,
art. D112-3) ; en dessous, c’est permis, mais sans trace.
3. Contester une facture après coup
Ce qui se conteste, c’est l’écart : un prix facturé au-delà du prix
annoncé, des travaux que vous n’avez pas commandés, un achat encaissé trop tôt. Un prix
élevé, annoncé et accepté, ne se conteste pas à lui seul.
Le devis accepté engage le professionnel : vous n’avez « rien à lui verser en plus de ce
qui était initialement convenu » (INC, sur le fondement de l’article 1103 du code
civil). Si la facture dépasse le devis et que « cette différence de facturation ne se
justifie pas, refusez d’en payer la différence », conseille l’INC. Si le prix facturé
n’est pas celui du prospectus, vous pouvez demander l’application du tarif publié : la
publicité trompeuse est une pratique commerciale interdite (code de la consommation,
art. L121-2). En revanche, « vous ne pouvez pas contester le montant d’une facture au
seul motif que le prix vous parait trop élevé » (INC) : s’il a été annoncé et accepté,
il est dû.
La marche à suivre. Écrivez à l’entreprise, en recommandé avec avis de
réception, en demandant une facture rectifiée ou le remboursement de la différence
dans un délai précis (lettre type n° 1). Sans réponse,
saisissez le médiateur de la consommation dont elle relève, gratuitement, et
signalez les faits sur SignalConso. S’il y a eu tromperie, escroquerie ou abus de
faiblesse, portez plainte (§ 5). Aucun texte ne fixe de « délai
pour contester une facture » : c’est la prescription qui borne, cinq ans pour agir
contre l’artisan (code civil, art. 2224) ; lui a deux ans pour vous réclamer une
facture impayée (code de la consommation, art. L218-2).
Déjà payé : ce qu’on peut bloquer, ce qu’on ne peut pas.
Chèque. L’opposition n’est admise qu’en cas de perte, de vol ou
d’utilisation frauduleuse du chèque, ou de procédure collective du bénéficiaire
(code monétaire et financier, art. L131-35). Faire opposition pour un désaccord sur
le prix expose à une mainlevée ordonnée par le juge, et, si l’opposition est faite
pour nuire, à un délit puni de cinq ans d’emprisonnement et 375 000 € d’amende
(art. L163-2).
Carte. La banque rembourse une opération de paiement
non autorisée, signalée sans tarder et au plus tard dans les treize mois
(art. L133-18 et L133-24) : un double débit, un montant modifié à votre insu. Un
paiement que vous avez vous-même validé, même pour une facture excessive, est une
opération autorisée : c’est auprès de l’entreprise qu’il se conteste.
4. Litige de chantier : retard, abandon, malfaçons
Faute de date convenue, un artisan doit exécuter au plus tard trente jours
après la signature. S’il ne le fait pas, mettez-le en demeure ; sans résultat
dans le délai fixé, une simple lettre résout le contrat et l’acompte doit être
remboursé sous quatorze jours. Une fois les travaux reçus, trois garanties prennent le
relais : un, deux et dix ans.
L’artisan ne vient pas, s’arrête ou abandonne
Le professionnel exécute à la date ou dans le délai indiqués, et à défaut « sans retard
injustifié et au plus tard trente jours après la conclusion du contrat » (code de la
consommation, art. L216-1). S’il ne le fait pas, vous pouvez suspendre le paiement de
tout ou partie du prix en le lui notifiant, puis, après une mise en demeure de
s’exécuter « dans un délai supplémentaire raisonnable » restée sans effet,
résoudre le contrat : il l’est à la réception de votre lettre
(art. L216-6). La résolution est immédiate s’il refuse d’exécuter, s’il est manifeste
qu’il ne s’exécutera pas, ou si la date était une condition essentielle du contrat.
Il doit alors rembourser la totalité des sommes versées dans les quatorze jours
(art. L216-7) ; au-delà, la somme est majorée de plein droit de 10 %, puis 20 % après
quatorze jours de retard et 50 % après trente (art. L241-4).
L’abandon en cours de chantier suit le droit commun des contrats. La DGCCRF le définit
comme « une interruption injustifiée et une durée anormalement longue des travaux » ;
les intempéries ou une période de congés n’en sont pas. Après mise en demeure, vous
pouvez faire terminer les travaux par une autre entreprise et en
réclamer le coût à l’artisan défaillant, « dans un délai et à un coût raisonnables »
(code civil, art. 1222). Contrairement à ce que répètent beaucoup de pages, l’accord
du juge n’est exigé que pour détruire ce qui a été fait, pas pour faire
finir ; mais le coût sera discuté si l’artisan conteste, et faire constater l’état du
chantier avant, par un commissaire de justice, évite toute querelle sur ce qui restait
à faire. Vous pouvez aussi résoudre le contrat par notification, « à ses risques et
périls » : l’artisan peut saisir le juge, et il vous appartient alors de prouver la
gravité du manquement (art. 1224 et 1226). Devant le juge, l’injonction de faire est
la procédure conçue pour l’artisan qui ne vient pas (§ 5).
Les malfaçons : tout commence à la réception
La réception est l’acte par lequel vous acceptez l’ouvrage, avec ou sans réserves
(code civil, art. 1792-6). C’est le moment décisif : un défaut visible que vous ne
signalez pas « est considéré comme accepté » (service-public.gouv.fr, F2958). Notez
chaque défaut en réserve sur le procès-verbal ; les défauts cachés, eux, restent
couverts selon leur nature. Vous pouvez occuper le logement même si vous avez émis
des réserves (DGCCRF).
Avant la réceptionAucune garantie spécifiquerecours du contrat : mise en demeure, résolution, exécution par un tiers
1 anParfait achèvementtout désordre signalé en réserve ou par écrit, quelle que soit sa gravité
10 ansDécennaledommages qui compromettent la solidité ou rendent l’ouvrage impropre à sa destination
Code civil, art. 1792-6 (parfait achèvement), 1792-3 (bon fonctionnement), 1792 et
1792-4-1 (décennale) ; « C’est la réception des travaux qui constitue le point de
départ de toutes les garanties » (DGCCRF, fiche « Abandon de chantier »). La garantie
de parfait achèvement ne couvre ni l’usure normale ni l’usage.
Pendant l’année de parfait achèvement, les désordres non réparés après mise en
demeure peuvent être exécutés « aux frais et risques de l’entrepreneur défaillant »
(art. 1792-6). Attention au calendrier : la mise en demeure n’interrompt pas ce délai,
et la DGCCRF conseille d’assigner l’entrepreneur avant la fin de l’année. Un
commissaire de justice, l’ancien huissier, fige l’état des lieux dans
un procès-verbal ; pour établir les causes et le coût des réparations, une expertise
peut être ordonnée par le juge avant tout procès, auprès du tribunal du lieu de
l’immeuble (code de procédure civile, art. 145). Hors de ces garanties, la
responsabilité contractuelle de droit commun reste possible. Un simple dépannage, une
serrure ou une fuite, ne relève pas de la décennale : les travaux d’entretien sont en
général dispensés de l’assurance obligatoire (DGCCRF).
L’artisan n’a pas d’assurance décennale
Tout constructeur dont la responsabilité décennale peut être engagée doit être assuré,
et le justifier à l’ouverture du chantier (code des assurances, art. L241-1) ;
l’attestation se joint aux devis et factures (art. L243-2). Sans elle, trois leviers.
L’artisan reste responsable pendant dix ans après la réception,
assuré ou non : l’assurance ne garantit que sa solvabilité. Si c’est une société, son
gérant engage sa responsabilité personnelle : ne pas souscrire
l’assurance obligatoire est une faute « séparable de ses fonctions sociales »
(Cour de cassation, 3e chambre civile, 10 mars 2016, n° 14-15.326). Enfin, travailler
sans cette assurance est un délit, puni de six mois
d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende (art. L243-3).
Retenir une partie du prix
La retenue de garantie de 5 % jusqu’à la levée des réserves n’existe
que si le contrat la prévoit, et la somme doit alors être consignée, chez un notaire ou
à la Caisse des dépôts (loi n° 71-584 du 16 juillet 1971, art. 1er ; DGCCRF). Sans
clause, vous ne pouvez suspendre le paiement que si le manquement de l’artisan est
« suffisamment grave », pour une part proportionnée à ce qui n’est pas fait, et à vos
risques (code civil, art. 1219).
5. Les recours, dans l’ordre
Mise en demeure, puis conciliateur ou médiateur, puis le juge. La
tentative amiable est obligatoire avant de réclamer en justice 5 000 € ou moins ; le
tribunal de proximité s’en passe d’avocat jusqu’à 10 000 € ; et chaque saisine coûte
un timbre de 50 € depuis mars 2026, sauf aide juridictionnelle.
1. La mise en demeure
Elle est le préalable à presque tout : sans elle, pas de dommages et intérêts, sauf
inexécution définitive, pas
d’exécution forcée, pas de remplacement de l’artisan, pas de résolution (code civil,
art. 1221, 1222, 1226 et 1231). Aucune forme n’est imposée, une « interpellation
suffisante » suffit (art. 1344), mais c’est la lettre recommandée avec avis de
réception qui prouve la date. Aucun texte ne chiffre le délai à laisser : il doit être
« raisonnable » ; les modèles de l’INC retiennent huit jours. Pour pouvoir résoudre
ensuite le contrat, la lettre doit dire expressément qu’à défaut vous serez en droit
de le faire (art. 1226). Pour une somme d’argent, elle fait courir les intérêts au
taux légal (art. 1344-1).
2. L’amiable : conciliateur ou médiateur
Le conciliateur de justice est un auxiliaire de justice bénévole,
gratuit, compétent pour tout litige civil sans limite de montant ; ses permanences se
trouvent sur conciliateurs.fr (service-public.gouv.fr, F1736). Le
médiateur de la consommation est gratuit pour vous (code de la
consommation, art. L612-1) ; tout professionnel doit en communiquer les coordonnées
(art. L616-1), sur son devis, ses conditions générales ou son site, et la liste des
médiateurs référencés est publiée par la Commission d’évaluation et de contrôle de la
médiation de la consommation (CECMC). Il faut d’abord une réclamation écrite à
l’entreprise, et saisir le médiateur dans l’année qui suit (art. L612-2) ; la
médiation doit aboutir en quatre-vingt-dix jours, prolongeables pour un litige
complexe (art. R612-5).
Depuis le 1er octobre 2023, une demande en justice qui tend au paiement d’une
somme de 5 000 € ou moins, remboursement d’acompte ou dommages et intérêts,
doit être précédée d’une tentative de conciliation, de médiation ou de procédure
participative, sous peine d’irrecevabilité. Dispenses : urgence manifeste, ou
conciliateur indisponible, la première réunion ne pouvant avoir lieu avant trois mois
(code de procédure civile, art. 750-1). L’injonction de faire n’y est pas soumise : la
conciliation y est seulement recommandée (service-public.gouv.fr, F1787).
3. Le juge
Ce que vous demandez
Tribunal et saisine
Avocat
Une somme de 5 000 € ou moins
tribunal de proximité, par requête (formulaire cerfa), après tentative amiable
facultatif
L’exécution de travaux promis, 10 000 € au plus
injonction de faire, formulaire cerfa n° 11723 ; le juge statue sur pièces, sans audience au départ
facultatif
Une somme de 5 000 à 10 000 €
tribunal de proximité, par assignation délivrée par un commissaire de justice
facultatif
Plus de 10 000 €, ou une demande non chiffrable
tribunal judiciaire, par assignation
obligatoire
Selon le lieu, le tribunal judiciaire traite lui-même les litiges de 10 000 € ou moins,
avec la même procédure. Timbre fiscal de 50 € à chaque saisine, sauf aide
juridictionnelle (code général des impôts, art. 1635 bis Q). Sources :
service-public.gouv.fr, F35125, F20851 et F1787 ; code de procédure civile, art. 750-1
et 761.
Quel lieu. Le tribunal du domicile de l’artisan, celui du lieu des
travaux (code de procédure civile, art. 46), ou celui de votre domicile au moment du
contrat (code de la consommation, art. R631-3). En urgence, le juge des référés peut
accorder une provision ou ordonner l’exécution des travaux quand l’obligation n’est pas
sérieusement contestable (code de procédure civile, art. 835) ; renseignez-vous auprès
du greffe ou d’un point-justice sur la représentation. S’y ajoutent, le cas échéant,
les honoraires d’avocat, de commissaire de justice et d’expert ; la partie qui perd
est en principe condamnée aux dépens (F20851).
4. La plainte pénale
Un prix élevé ne fait pas une infraction : l’abus de faiblesse suppose « un faisceau
d’éléments », âge, état de santé, isolement (INC). Mais plusieurs délits visent
directement les pratiques décrites plus haut :
Infraction
Ce qu’elle vise
Peine prévue
Abus de faiblesse en situation d’urgence c. conso., L121-9 5° et L132-14
contrat conclu dans une urgence qui empêchait de consulter un autre professionnel
3 ans, 375 000 €
Escroquerie c. pén., 313-1
fausse qualité, manœuvres frauduleuses pour obtenir des fonds
5 ans, 375 000 €
Abus de faiblesse c. pén., 223-15-2
personne particulièrement vulnérable, par son âge ou une maladie
3 ans, 375 000 €
Tromperie c. conso., L441-1 et L454-1
sur la nature ou les qualités substantielles de la prestation
3 ans, 300 000 €
Pratique commerciale trompeuse ou agressive c. conso., L121-2, L121-6, L132-2, L132-11
prix ou qualité mensongers ; pression, contrainte, exploitation d’un malheur
2 ans, 300 000 € ; 5 ans, 750 000 € pour une pratique trompeuse en ligne
Travail sans assurance décennale c. assur., L243-3
chantier ouvert sans l’assurance obligatoire
6 mois, 75 000 €
L’artisan étant identifié, la plainte ne peut pas se faire en ligne :
déposez-la au commissariat ou à la gendarmerie, ou écrivez au procureur de la
République. Elle est gratuite, et possible pendant six ans pour un délit
(service-public.gouv.fr, F1435). Sans suite au bout de trois mois, vous pouvez vous
constituer partie civile devant le juge d’instruction (code de procédure pénale,
art. 85). Le numéro d’aide aux victimes est le 116 006.
6. Deux lettres types
Deux modèles, à adapter : l’un pour contester une facture de dépannage,
l’autre pour mettre un artisan en demeure d’exécuter ou de reprendre des
travaux. Remplacez chaque passage entre crochets, supprimez les options
inutiles, envoyez en recommandé avec avis de réception et gardez une copie.
La première conteste l’écart avec le prix annoncé ou des travaux non commandés, pas un
prix « abusif » ; la seconde annonce la résolution du contrat, mention sans laquelle
vous ne pourriez pas le résoudre ensuite (code civil, art. 1226).
Lettre 1 : Contester une facture de dépannage
[Prénom Nom][Adresse][Raison sociale de l’entreprise], SIREN [numéro][Adresse de l’entreprise]
Lettre recommandée avec demande d’avis de réception
[Ville], le [date]
Objet : contestation de la facture n° [numéro] du [date]
Madame, Monsieur,
Le [date], j’ai fait appel à votre entreprise pour [l’intervention demandée : ouverture d’une porte claquée, réparation d’une fuite…] à mon domicile, [adresse]. Avant l’intervention, [vous m’avez annoncé un prix de [montant] € TTC][le devis que j’ai signé prévoyait [montant] € TTC].
Votre facture s’élève à [montant] € TTC. Elle comprend [des travaux que je n’ai pas demandés : [les décrire, par exemple le remplacement de la serrure]][des sommes qui ne figuraient ni dans le prix annoncé ni dans le devis : [les décrire]].
Or le devis accepté vous engage (code civil, article 1103) : les prix de vos prestations devaient être annoncés avant l’intervention (arrêté du 24 janvier 2017), et il est interdit d’exiger le paiement de prestations qui n’ont pas fait l’objet d’une commande préalable (code de la consommation, article L121-12). [Les travaux autres que ceux, strictement nécessaires, de l’urgence que j’avais demandée ne pouvaient donner lieu à aucun paiement avant l’expiration d’un délai de sept jours (article L221-10).]
Je vous demande en conséquence, dans un délai de [huit] jours à compter de la réception de ce courrier, [de m’adresser une facture rectifiée de [montant] € TTC, conforme au prix convenu][de me rembourser la somme de [montant] €, qui correspond à la différence].
À défaut de réponse satisfaisante dans ce délai, je saisirai le médiateur de la consommation dont vous relevez, dont je vous demande de me communiquer les coordonnées (article L616-1), puis, le cas échéant, le tribunal compétent. Je me réserve également de signaler ces faits sur SignalConso, le service de la répression des fraudes.
Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.
[Signature]
Pièces jointes : copie [du prospectus ou de l’annonce], [du devis], [de la facture], [des photos], [du relevé de paiement].
Lettre 2 : Mise en demeure d’exécuter ou de reprendre des travaux
[Prénom Nom][Adresse][Raison sociale de l’entreprise], SIREN [numéro][Adresse de l’entreprise]
Lettre recommandée avec demande d’avis de réception
[Ville], le [date]
Objet : mise en demeure [de commencer][d’achever][de reprendre] les travaux du devis n° [numéro] du [date]
Madame, Monsieur,
Par devis signé le [date], je vous ai confié les travaux suivants : [nature des travaux], à l’adresse [adresse du chantier], pour un montant de [montant] € TTC. Je vous ai versé un acompte de [montant] € le [date]. [Les travaux devaient commencer le [date] et être terminés le [date].][Aucune date n’ayant été convenue, ils devaient être exécutés au plus tard trente jours après la conclusion du contrat (code de la consommation, article L216-1).]
Or [les travaux n’ont pas commencé][les travaux sont interrompus depuis le [date]][les travaux réalisés présentent les défauts suivants : [liste précise], constatés le [date] [par procès-verbal de commissaire de justice]]. [Signalés dans l’année qui suit la réception, ces désordres relèvent de la garantie de parfait achèvement (code civil, article 1792-6).]
Par la présente, je vous mets en demeure [de commencer][d’achever][de reprendre] ces travaux, conformément au devis, dans un délai de [15] jours à compter de la réception de ce courrier. Restent à réaliser ou à reprendre : [liste exhaustive].
À défaut d’exécution dans ce délai, je serai en droit de résoudre le contrat (code civil, articles 1224 et 1226 ; code de la consommation, article L216-6) et de vous demander la restitution des sommes versées [— dans les quatorze jours s’agissant de travaux non fournis à temps (article L216-7)], ou de faire exécuter les travaux par une autre entreprise et de vous en réclamer le coût (code civil, article 1222). Je me réserve en outre de demander réparation de mon préjudice (article 1231-1) et de saisir le conciliateur de justice ou le médiateur de la consommation, puis le tribunal compétent.
Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.
[Signature]
Pièces jointes : copie [du devis signé], [du justificatif de l’acompte], [des photos], [du procès-verbal de constat], [des échanges écrits].
Pour signaler : SignalConso. Pour une question de droit : RéponseConso, au
0 809 540 550. Pour être accompagné : une association de consommateurs agréée ou votre
protection juridique. L’avocat devient obligatoire au-delà de 10 000 €.
médiation gratuite, après réclamation écrite, dans l’année
c. conso., L612-1 et L612-2
ADIL, point-justice
s’informer sur le logement, sur ses droits et la procédure
F2958 ; F20851
Protection juridique
prise en charge des frais d’avocat et de procédure, selon le contrat d’habitation, de carte bancaire ou un contrat autonome
F18074
Avocat
obligatoire au-delà de 10 000 € ; aide juridictionnelle sous conditions de ressources
c. proc. civ., 761 ; F18074
La protection juridique d’abord. L’aide juridictionnelle n’est
accordée que si les frais ne sont couverts ni par une protection juridique ni par une
autre assurance : relisez votre contrat d’habitation et la notice de votre carte avant
de la demander. En 2026, pour une personne seule, elle est totale jusqu’à 12 957 € de
revenu fiscal de référence, de 55 % jusqu’à 15 316 €, de 25 % jusqu’à 19 433 €, sous
conditions de patrimoine ; les plafonds augmentent avec le foyer (service-public.gouv.fr, F18074).
Les questions sont celles que Google affiche le plus souvent sous les recherches
« litige avec un artisan » et « arnaque serrurier » ; les réponses sont les nôtres.
Qui appeler pour faire constater un problème de l’artisan ?
Un commissaire de justice, l’ancien huissier : son procès-verbal fige l’état du chantier, l’abandon ou les défauts, et sert de preuve. Pour établir les causes et le coût des réparations, il faut une expertise, amiable ou ordonnée par le juge avant tout procès, auprès du tribunal du lieu du logement.
Référence : DGCCRF, « Abandon de chantier : quels sont vos recours ? » ; code de procédure civile, art. 145
Qui contacter en cas de litige avec un artisan ?
L’artisan d’abord, par écrit. Puis, gratuitement, le médiateur de la consommation dont il doit vous donner les coordonnées, ou un conciliateur de justice. Pour un conseil : RéponseConso au 0 809 540 550, une association de consommateurs agréée ou votre protection juridique. Pour signaler : SignalConso.
Référence : code de la consommation, art. L612-1 et L616-1 ; service-public.gouv.fr, F1736 et F2958
Quels sont les recours possibles contre un artisan pour des travaux mal faits ?
Avant la réception : la mise en demeure de reprendre, puis la résolution du contrat ou l’exécution par une autre entreprise, à ses frais. Après : les garanties, un an pour tout défaut signalé, deux ans pour les équipements dissociables, dix ans pour la solidité. À défaut d’accord, conciliation ou médiation, puis le tribunal.
Que faire si l’artisan ne vient pas faire les travaux ?
Mettez-le en demeure de commencer dans un délai précis. Sans date au devis, il devait intervenir sous trente jours. Passé le délai, une lettre suffit à résoudre le contrat : il doit rembourser l’acompte sous quatorze jours, majoré de 10 à 50 % s’il tarde. Jusqu’à 10 000 €, l’injonction de faire peut aussi l’obliger à exécuter.
Référence : code de la consommation, art. L216-1, L216-6, L216-7 et L241-4 ; service-public.gouv.fr, F1787
Jusqu’à 10 000 €, le tribunal de proximité ou, selon le lieu, le tribunal judiciaire, sans avocat obligatoire ; au-delà, le tribunal judiciaire, avec avocat. Vous pouvez saisir celui du domicile de l’artisan, du lieu des travaux ou de votre domicile au moment du contrat. Timbre de 50 €, sauf aide juridictionnelle.
Référence : code de procédure civile, art. 46 et 761 ; code de la consommation, art. R631-3 ; service-public.gouv.fr, F35125
Quel recours en cas d’absence de garantie décennale ?
L’artisan reste responsable pendant dix ans après la réception, assuré ou non : vous agissez contre lui et, si c’est une société, contre son gérant, que la Cour de cassation tient pour personnellement responsable. Travailler sans cette assurance est un délit, puni de six mois d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende.
Référence : code civil, art. 1792 et 1792-4-1 ; code des assurances, art. L243-3 ; Cass. 3e civ., 10 mars 2016, n° 14-15.326
Qu’est-ce qui est considéré comme une malfaçon ?
Un travail qui ne correspond pas à ce qui était convenu ou qui présente un défaut. Le code civil le traite selon sa gravité et sa date : tout désordre signalé à la réception ou dans l’année, la panne d’un équipement dissociable pendant deux ans, et pendant dix ans le dommage qui compromet la solidité ou rend l’ouvrage impropre à sa destination.
Référence : code civil, art. 1792, 1792-3 et 1792-6
Comment contester une facture de serrurier ?
Comparez-la au prix annoncé et au devis. Si elle les dépasse sans justification ou facture des travaux non demandés, refusez d’en payer la différence et demandez par lettre recommandée une facture rectifiée. Sans réponse, saisissez le médiateur et signalez les faits sur SignalConso. Un prix élevé, annoncé et accepté, ne se conteste pas à lui seul.
Référence : INC ; code civil, art. 1103 ; code de la consommation, art. L121-12 et L612-1
Comment se faire rembourser l’intervention d’un serrurier ?
Auprès du serrurier, ce qui se récupère, c’est ce qui n’était pas dû : l’écart entre le devis et la facture, des travaux non demandés, un achat encaissé avant sept jours hors urgence. Réclamez-le par lettre recommandée, puis devant le médiateur ou le juge. Un chèque remis ne peut pas être bloqué pour un désaccord sur le prix.
Référence : INC ; code de la consommation, art. L221-10 ; code monétaire et financier, art. L131-35
Signalez les faits sur SignalConso, le service de la répression des fraudes : le signalement est transmis à l’entreprise. En cas d’escroquerie, d’abus de faiblesse ou de tromperie, portez plainte au commissariat, à la gendarmerie ou par lettre au procureur : l’auteur étant connu, la plainte en ligne n’est pas possible.
Code de procédure civile :
46,
145,
750-1,
761 et
835 ;
code général des impôts,
1635 bis Q
(timbre de 50 €) ; code pénal,
313-1 et
223-15-2 ;
code de procédure pénale,
85